Il est loin le temps où Lionel Jospin quittait l'hôtel Matignon en laissant derrière lui une France où quasiment tous les indicateurs macro-économiques chômage, croissance, dette, ... étaient significativement améliorés. L'irruption de Jean-Marie Le Pen au premier plan de la scène nationale allait durablement perturber un équilibre dont nous voyons encore les conséquences aujourd'hui.
Porté aux nues par plus de 80% des votants au second de la Présidentielle de 2002, Jacques Chiracn'a pas eu l'occasion de faire valider par ses électeurs un train de réformes conséquent. Cette élection s'étant faite sur la base d'un référendum républicain, le grand débat présidentiel n'a pas eu lieu. Or au moment où il est reconfirmé à l'Elysée, Jacques Chirac a toujours a l'esprit les grandes grèves de 1995. Après avoir fait campagne sur le thème de la réduction de la fracture sociale, il s'était lancé dans la réforme des régimes de retraite, prenant àcontre-pied bien desFrançais. C'est pourquoiJacques Chirac sait à quel point les élections sont des moments clefs pour lancer des réformes. Même si il a largement gagné son duel face à Jean-Marie Le Pen, il ne croit pas disposer du crédit nécessaire pour engager une action de fond. Or il existe dans notre pays un consensus national sur la nécessité de modifier en profondeur certaines des structures héritées des trente glorieuses. Jacques Chirac se rabat alors sur son plan B : "la croissance sera le moteur des réformes". Faux répondirent les économistes, ce sont les réformes qui sont le moteur de la croissance... Ne soyons pas injuste avecJacques Chirac, l'immobilisme qui a caractérisé son quinquennat est moins le fruit d'un manque de volonté que la conséquence d'un accident électoral qui l'a privé debase politique.
A l'inverse Nicolas Sarkozy a décidé d'ouvrir tous les dossiers en même temps. Mais est-ce plus prometteur? Les premiers résultats de son approche sont inquiétants. "Déficits majeurs du budget, du commerce extérieur, de la Sécurité sociale; endettement massif sur fond de croissance faible; montée de la pauvreté" nous dit Lionel Jospin dans unarticle récent (*). A ceux qui croient que le contexte international explique tout, l'exemple allemand est explicite: chez nos voisins le produit intérieur brut allemand a augmenté de 1,5% au premier trimestre par rapport au trimestre précédent, signant sa plus forte progression depuis plus de 12 ans! (**) A ce rythme sa croissance annuelle serait de 6%. Or chez nous le Président de la république n'hésite pas à affirmer que "les caisses sont vides".Comme le dit MathieuPlanes, économiste à l'OFCE, "en votant la loi Tepa[loi en faveur du travail, de l’emploi et du pouvoir d’achat]cet été, il [le gouvernement] a épuisé toutes ses cartouches: il n’a plus aucune marge de manoeuvre budgétaire. Il ne peut pas non plus mener une politique de maintien du pouvoir d’achat dont les ménages ont besoin pour faire face à l’inflation". Un des ressorts du programme sarkozien était la relance de la croissance par le pouvoir d'achat. Faux répondirent les économistes de la commission Attali, c'est la croissance qui entrainera le pouvoir d'achat. Le parti pris économique de son programme prétendait adresser à la fois l'offre et la demande alors qu'un consensus clair se dégage depuis longtemps sur une politique de l'offre. Comme si ça ne suffisait pas, la vision économique du chef de l'état a continué à prendre du plomb dans l'aile. Depuis plus d'un an celui-ci ne cesse de tirer à boulets rouges sur la Banque Centrale Européenne. Or son président, Jean-Claude Trichet, est en train de réussir de manière éclatante. Après avoir prévu le retour de l'inflation et réussi à empêcher une catastrophe bancaire similaire à celle des Etats-Unis, le voilà qui parvient à démontrer que sa vision rigoriste en matière monétaire n'a pas eu d'effet sur la croissance européenne (***).
Après des années passées à attendre la croissance, il semble que nos dirigeants confondent désormais vitesse et précipitation. La rupture a bien eu lieu mais loin de produire des signes encourageant, on peut craindre qu'elle ne débouche sur d'autres crises.Quelque chose s'est brisé dans la relation du Président aux Français, or en-dessous d'un certain seuil d'impopularité celui-ci devient inaudible et c'est sa capacité à réformer qui en serait fortement affectée.
Lecture fortement recommandée : "Sarkonomics" Avec un recul de plus d’un quart de siècle, les Etats-Unis mesurent aujourd’hui les dégâts de tout type occasionnés par les politiques économiques néoconservatrices de l’ère Reagan, les « reaganomics ». Les choses vont plus vite en France : un délai d’un an aura suffi pour que l’opinion exprime sa défiance à l’égard des « sarkonomics », selon la formule astucieuse de l’économiste Liêm Hoang-Ngog. L’auteur les synthétise en dix commandements bien argumentés, depuis « Les travailleurs tu exploiteras » à « Ton peuple tu ne consulteras pas » — référence au coup de force de l’adoption par le Parlement du traité de Lisbonne, copie conforme de la « Constitution » européenne rejetée par le peuple le 29 mai 2005 —, en passant par « Des paquets fiscaux aux riches tu offriras ».Le dixième commandement, « Tes habits neufs à la gauche tu prêteras », s’adresse aux socialistes. La plupart ont repris en chœur le refrain sarkozyste de la « réforme », en cantonnant leurs réserves à la « méthode » suivie pour les mener, sans vraiment les contester sur le fond.
Ouverture de tous les dossiers en même temps : Roselyne, Valérie, Patrick et les autres objectent: "tout cela a un lien"... hum... Il est bien loin le "carré d'Eisenhower" (grand stratège) où les actions étaient hiérarchisées. Ne va-t-on pas plutôt vers un grand bazard? En tout cas, cela n'est pas le fait de la gauche me semble-t-il!
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En se conformant à l'orthodoxie économique dominante, faite de moins-disant fiscal, de fétichisme de l'équilibre budgétaire, et d'invocations floues et suspectes des "réformes nécessaires", une partie de la gauche se fourvoit gravement. Elle se prive elle-même des moyens de lutter contre les inégalités, voire de transformer la société.<br />
La croissance génère des richesses et la France est malgré tout resté un pays "redistributif". Voilà le lien avec le pouvoir d'achat si la hausse de l'inflation reste en-dessous de la hausse des revenus, boostés en particulier par cette croissance.
Sarkozy n'a pas fait grand chose en matière de politique de la demande, puisque les seuls revenus qu'il ait contribué à faire croître sont les plus élevés, dont l'augmentation marginale se porte vers l'épargne.Le vrai sujet est celui du partage de valeur entre capital et travail, qui a glissé de 9 points en faveur des actionnaires et au détriment des salariés, sur les 20 dernières années.Car l'économie financiarisée ne répond plus à l'ancienne règle qui voulait que les profits d'aujourd'hui soient les investissements de demain, et les emplois d'après demain.Rien ne prouve que la croissance entraîne une hausse du pouvoir d'achat.